Réflexion sur ma pratique de l’Aïkido - par Hervé Leung


Réflexion sur ma pratique de

l’Aïkido

Présenté par Hervé Leung

juin 2009


       Il y a quelques années, lorsque je venais de commencer mes cours d'Aïkido, la première fois que j'ai entendu parler d'écrire un article dans le cadre des examens de passage de ceinture, je suis resté un peu étonné pour ne pas dire perplexe. Quel est donc le rapport entre la pratique d'un exercice physique et une réflexion sur celle-ci ?
       Les mois puis les années qui suivirent répondirent graduellement à cette question mais surtout m'ont fait remarquer à quel point la pratique de l'Aïkido (et probablement des arts martiaux en général) est indissociable d'une réflexion intérieure. Ainsi, dans les prochains paragraphes, je vais tenter d’expliquer mon cheminement à travers mes observations et ma réflexion sur l’influence que la pratique de l'Aïkido a eu sur différentes sphères de ma vie.

       Lorsque j'ai commencé la pratique de l'Aïkido, j'étais à une époque de ma vie où, comme beaucoup de personnes d’environ 37 ans, tout était bien rangé: une épouse formidable, deux filles adorables, une vie professionnelle et une vie familiale bien remplies, et enfin une maison avec tout le confort souhaité.
       Cela correspondait aussi à une longue période de ralentissement dans mes activités physiques. L’obtention de mon diplôme d’ingénieur et le début de ma carrière ont marqué, comme c'est souvent le cas pour plusieurs personnes, un ralentissement important des activités physiques avec des conséquences telles des maux de dos, une endurance très limitée aux activités physiques et surtout le sentiment bien réel que je me laissais aller physiquement. Ainsi, il y a 3 ans, lorsque j'ai commencé la pratique de l'Aïkido, mon but était simple: je souhaitais avoir une activité physique régulière afin de me maintenir en forme.

       Les circonstances ont fait que, pour moi, il était extrêmement facile et pratique de commencer l'Aïkido: le Dojo se trouvait à 5 minutes de mon travail et l’horaire se prêtait très bien à mes obligations professionnelles et familiales. Que demander de plus ? Je me suis donc inscrit et j’ai commencé à assister aux cours de la même manière que si je pratiquais une autre activité physique: marche à pied, natation, etc.
       Dans les mois qui suivirent, avec 2 pratiques régulières par semaine, je voyais effectivement ma condition physique s'améliorer grandement: j’avais une bien meilleure flexibilité, une meilleure endurance et un développement musculaire accentué surtout dans le dos et dans les abdominaux. Cela avait pour résultat, l’estompement graduel des problèmes de dos.
       C'est aussi une période où j’ai commencé à me faire de petites blessures (bleus, égratignures, entorses ...) et que j’ai appris à vivre avec celles-ci, à les éviter, puis à les soigner. Surtout j’ai appris que porter toute mon attention sur ces petits bobos ne les guérissait pas plus vite !

      Je pense que le premier gros changement important est survenu peu après mon premier examen (celui de la ceinture jaune). Au delà de l'épreuve physique, cet examen m’a surtout paru une épreuve mentale: je m’engageais vers quelque chose d’inconnu avec un sentiment de vulnérabilité face au jugement des autres, et surtout, à mon propre jugement ! Je me rendais compte que cette activité physique m'avait entraîné sur un terrain où je ne me sentais pas à l'aise du tout. Dans les jours et dans les semaines qui suivirent, j'étais partagé entre, d'une part, le désir d’en comprendre un peu plus, et d'autre part, le désir d'ignorer cette expérience et de fuir le questionnement.
       Fort heureusement, je pense que c'est le premier sentiment qui a dominé. Ainsi, depuis cette expérience, ma perception de l'Aïkido a graduellement changé. Je dois ajouter que chaque examen de passage de ceinture est une occasion particulière de réfléchir et de voir le chemin que j’ai parcouru mais c’est surtout un coup d’oeil sur le long chemin qui me reste encore à faire.

       D'une simple activité physique banale, l'Aïkido est devenu une occasion pour repousser non seulement mes limites physiques mais aussi mentales.
       Sur le plan physique mes limites sont repoussées grâce aux éléments suivants:
              • meilleure endurance cardiovasculaire;
              • développement musculaire global accru;
              • meilleure flexibilité et souplesse augmentée grâce aux étirements;
              • meilleure tolérance aux petits "bobos" de tous les jours.
       Sur le plan mental, j'ai noté les changements suivants:
              • une prise de conscience de mon état de stress et de tension et par conséquent, plus de recul par rapport au stress de la vie quotidienne;
              • une plus grande discipline et plus de clarté dans mes prises de décisions: je m’engage dans beaucoup moins de procrastination et j’éprouve moins d’hésitations lorsque je dois prendre des décisions;
              • un sentiment général de bien-être.
       Tous ces changements continuent d’évoluer à leur propre rythme et, je le sais bien, ne sont pas acquis ou figés indéfiniment dans le temps.

       Aujourd'hui, je conçois très difficilement ma semaine de travail sans mes pratiques d'Aïkido. Je me rends compte à quel point cette activité a eu des effets insoupçonnés sur les différentes sphères de ma vie: des effets physiques et surtout mentaux. L'attitude et l'état d'esprit que j’ai appris au Dojo ne se limitent pas aux heures d’entraînement. Graduellement les habiletés apprises au Dojo s'installent dans ma vie de tous les jours : à la maison, au travail et même dans mes loisirs. Dans mon travail et dans mes interactions avec les gens, j'ai souvent une petite pensée dans le coin de mon cerveau qui me rattache à une action ou à une pensée apprise durant les pratiques au Dojo.

       En guise de conclusion, je m’aperçois ainsi à quel point il est important de compléter son entraînement physique avec une réflexion intérieure continuelle. Cet article s'inscrit directement et logiquement dans le cadre de cette démarche.
Merci.