Une leçon d’humilité - par Hervé Leung

 
 
Une leçon d’humilité
 
par Hervé Leung
Novembre 2010

Dans cet article concernant mon entraînement d'Aïkido au Dojo Jiseikan d’Ottawa, je peux vous parler de beaucoup de choses qui me passent par la tête. Je peux vous énumérer des techniques apprises durant l'année écoulée. Je peux vous parler de l'évolution de mes roulades au sol. Je peux encore dresser une liste de tout ce que j'ai aimé et un peu moins aimé. 
Après avoir énuméré toutes les idées possibles sur papier, je me suis dit qu'il valait mieux ne pas trop se disperser et chercher une chose plus marquante que d'autres et à laquelle j'accorde plus d'importance.

J'ai finalement choisi de parler de l'apprentissage de l'humilité à travers des exemples pris dans mes activités dans l'Aïkido. 

Il y a quelques années, avant que je ne commence l'Aïkido, si quelqu'un m'avait proposé d'acheter un sabre, ma première réaction aurait été de dire que c'était purement inutile et dangereux. J'aurais dit qu'on n'est plus au temps des chevaliers où notre vie pouvait en dépendre. Bon, je l'avoue, le pacifiste et adepte de la non-violence que je suis, aurait même été, peut-être,  jusqu'à dire que c'était un encouragement à la violence ! Voila, je vous avoue ainsi les préjugés que je pouvais avoir envers le sabre et, pires, envers ceux qui le pratiquent ! 
 
 
Cependant, ma perception de cette activité a quelque peu changé après avoir commencé l'Aïkido et surtout après avoir passé de nombreux mois à observer les élèves avancés pendant les séances d'entraînement au sabre. 
Durant ces entraînements ou ces démonstrations, j'ai toujours été impressionné par la fluidité et la précision des mouvements et, surtout, ce qui me fascinait c'était leur calme et leur concentration: presque de la méditation. 

Finalement, fort de ce changement d'opinion à 180 degrés, j'ai décidé, cette année de faire l'achat d'un sabre grâce à mon collègue (qui soit dit en passant est aussi celui qui m'a convaincu de faire mes premiers pas en Aïkido. Merci Jason !)

Aujourd'hui, je suis donc bien loin de mon opinion initiale. Lorsque le temps le permet, je me réserve des moments où je pratique quelques exercices et mouvements appris durant les cours ou les stages. Mes mouvements, mon positionnement, ma précision et ma concentration sont très loin de ce que j’observe chez les élèves plus avancés, mais ma volonté de progresser est bien présente. Contrairement à certaines techniques qui requièrent la présence d'un attaquant, la pratique du sabre peut se faire seule. Pour un lève-tôt comme moi, démarrer une journée en répétant quelques enchaînements (bokken, iaito ou tai chi jian) dans mon jardin pendant une demi-heure avec le soleil qui se lève tout doucement face à moi est un vrai bonheur. C’est bien sur une activité physique mais c’est aussi une manière très agréable de travailler ma concentration et prendre du recul par rapport au tumulte de la Vie.

Je réalise que l'entraînement au sabre n'est pas plus dangereux ou n'incite pas plus à la violence qu'une épreuve d'escrime, de tir à l'arc ou encore un match de hockey. Elle n'est pas une incitation à plus de violence qu'une voiture ou encore un couteau de cuisine qu'on utilise tous les jours. Ce n'est pas l'arme qui peut être dangereuse, mais l'intention de la personne qui le prend en main. 
Bien sûr, dans la société, malheureusement, il y aura toujours des personnes mal intentionnées qui ne voient dans le sabre que sa fonction primaire et meurtrière.

Au-delà de la découverte du sabre, ce que cette expérience m'a fait réaliser c'est l'étroitesse d'esprit dont j'avais pu faire preuve. Je ne pense pas que c'était une mauvaise intention mais je dirais que c'est ce qui nous attend tous (l'étroitesse d'esprit) lorsqu’on ne prend pas le temps d'observer, de se poser des questions et de se remettre en cause. Cela vaut pour l'Aïkido mais également dans la vie en général.

À travers cet exemple, pour moi, l'humilité, c'est donc aussi d'accepter qu'on ne puisse pas tout savoir et qu'il faut garder en tête d'aller au-delà de ses propres préjugés. Il a montré que le premier bénéficiaire de ce changement d'attitude est avant tout ... soi-même.

Je pense que les raisons qui nous amènent à pratiquer l'Aïkido sont extrêmement variées d'une personne à l'autre et surtout qu'elles évoluent beaucoup avec le temps. On peut être féru des arts martiaux depuis notre jeune âge et avoir intégré intimement les arts martiaux dans sa vie depuis toujours. Dans mon cas, sa pratique a été plus tardive parce que je n'y avais jamais été exposé auparavant. Les motivations peuvent aussi venir d'un évènement particulier: une remise en question ou une prise de conscience dans sa vie. Il est parfois pratiqué comme un simple exercice physique ou purement comme une forme de méditation ou encore les deux. Certains y cherchent des réponses à leurs questionnements philosophiques et une voie à leur croissance personnelle. D'autres veulent expérimenter des choses un peu hors du commun ...
Dans mon cas, mes motivations ont évolué avec le temps (voir mon article précédent), je suis passé à travers plusieurs des points énumérés précédemment. J'apprécie particulièrement l'emphase qu'on met sur l'évolution, la progression. Les valeurs comme le respect, l'ouverture, l’engagement et la persévérance sont des valeurs fondamentales qui font partie intégrante de l’entraînement. Cela me rappelle un peu le temps où j’étais encore étudiant en France: un de mes mentors qui m’avait beaucoup marqué, nous demandait continuellement d’accomplir nos tâches avec conviction tant au niveau personnelle que professionnelle. Il nous encourageait beaucoup et nous prodiguait de précieux conseils. Nous avions terminé l'année scolaire avec une discussion sur la citation suivante, qui m’est resté en mémoire et que je veux partager avec vous: 

" Ce que la main donne, elle ne l'a plus, 
   Ce que l'intelligence donne, elle le partage, 
   Ce que le cœur donne, l'enrichit"
 
 
Pour conclure, mon expérience avec le sabre et la pratique de l’Aikido (Jiseikan Ottawa) me rappelle régulièrement à quel point il est important de rester vigilant par rapport à ses propres certitudes  et préjugés.
 
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